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Histoires de famille

Chaque famille a sa façon de parler de sa santé et, avec le temps, certaines maladies finissent par s’intégrer à son identité presque aussi profondément que les histoires, les traditions et les traits de personnalité transmis d’une génération à l’autre. L’hypertension vient du côté de ma mère ; tous les hommes de notre famille finissent par avoir une maladie du cœur ; tout le monde devient diabétique ; ma grand-mère a souffert de démence, puis ma mère, alors je suppose que ce sera aussi mon cas. Ces affirmations sont généralement prononcées sans dramatisation parce qu’elles sont répétées depuis des années, mais, sous leur apparente banalité se cache une conviction puissante au sujet de l’avenir : ce qui est arrivé aux personnes qui nous ont précédés finira probablement par nous arriver aussi. Lorsqu’une telle croyance s’installe, les antécédents familiaux cessent peu à peu d’être perçus comme de l’information utile et finissent par prendre l’allure d’un destin déjà tracé, comme si rien ne pouvait encore influer sur la suite.


Les antécédents familiaux méritent notre attention parce qu’ils peuvent révéler de véritables vulnérabilités, particulièrement lorsqu’une même affection touche plusieurs proches parents, apparaît à un âge inhabituellement jeune ou suit une tendance évidente sur plusieurs générations. Le fait de connaître ces antécédents peut aider une personne à reconnaître ce qui mérite une surveillance plus étroite, les questions qu’elle devrait soulever auprès d’un professionnel de la santé et les situations dans lesquelles il pourrait être utile d’intervenir plus tôt. Le problème survient lorsqu’une possibilité accrue est interprétée comme une certitude, car l’expression « c’est dans la famille » peut mettre fin à une conversation qu’elle devrait plutôt amorcer. Elle nous indique qu’une tendance existe, mais elle ne nous explique pas pourquoi celle-ci s’est développée, dans quelle mesure elle est attribuable aux gènes, quelle part a été façonnée par des circonstances communes, ni si la même combinaison d’influences sera présente dans la génération suivante.


Un nombre relativement restreint d’affections est directement causé par une modification génétique héréditaire particulière, notamment la maladie de Huntington, la fibrose kystique, la drépanocytose et certains troubles métaboliques ou neurologiques rares. Ces maladies appartiennent à une catégorie différente de celle des problèmes de santé auxquels pensent la plupart des gens lorsqu’ils craignent de suivre le même parcours que leurs parents. Les maladies du cœur, le diabète de type 2, l’hypertension, la plupart des cancers et la majorité des cas de démence ne sont généralement pas transmis d’un parent à son enfant sous la forme de diagnostics complets et inévitables. Une personne peut hériter de tendances qui rendent certains problèmes plus probables, notamment en influençant la manière dont son organisme régule la glycémie, le cholestérol, la pression artérielle ou les processus inflammatoires, mais une prédisposition n’équivaut pas à une issue définitive. Elle ne constitue qu’une partie d’une histoire beaucoup plus vaste, qui continue d’être façonnée par les conditions dans lesquelles cette personne vit.


Cette distinction devient plus facile à comprendre lorsque nous nous rappelons que la santé de nos parents ne s’est pas développée indépendamment du reste de leur vie. Leur organisme a réagi pendant des années aux aliments qu’ils consommaient, au travail qu’ils accomplissaient, à la place qu’occupaient le mouvement et le repos dans leur quotidien, au stress qu’ils portaient, aux environnements dans lesquels ils vivaient, aux soins qu’ils recevaient et à l’information sur la santé dont ils disposaient à l’époque. Ils ont pris des décisions dans des circonstances parfois très différentes des nôtres, souvent au cours de décennies où la prévention était beaucoup moins ouvertement abordée, où de nombreux risques demeuraient mal compris et où les soins médicaux ne commençaient fréquemment qu’une fois les symptômes devenus difficiles à ignorer. Nous partageons peut-être une partie de leur biologie, mais nous n’héritons pas automatiquement de toutes les circonstances qui ont façonné leur santé et rien ne nous oblige à répéter chaque habitude, chaque présomption ou chaque réaction devenue familière au sein de la famille.


Les familles transmettent bien davantage que des gènes, mais une grande partie de ce que nous apprenons auprès d’elles s’intègre si profondément à notre façon de vivre que nous n’en percevons même plus l’influence. Nous héritons de façons de préparer les repas, d’attitudes envers l’activité physique et le repos, de réactions au stress, de conceptions du vieillissement et de croyances au sujet des symptômes qu’il serait normal de tolérer sans les faire évaluer. Nous pouvons apprendre à ne prendre notre santé au sérieux qu’une fois qu’un problème survient parce que c’est ce que faisaient les adultes qui nous entouraient, ou encore à tenir certains changements pour inévitables parce que tous les membres de la famille semblent les avoir vécus. Il ne s’agit pas de blâmer les générations précédentes pour les maladies qu’elles ont développées ni de prétendre que des choix réfléchis peuvent déterminer tous les résultats en matière de santé. Il s’agit de reconnaître que, lorsque les membres d’une famille partagent à la fois certaines tendances biologiques et plusieurs habitudes de vie, la tendance qui se dégage ne peut pas être automatiquement attribuée uniquement aux gènes.


Les récits familiaux entourant la maladie s’attardent souvent sur le diagnostic final tout en ignorant une grande partie de la vie qui l’a précédé. Nous savons peut-être qu’un grand-père a subi une crise cardiaque, qu’une tante a développé le diabète ou qu’un parent a reçu un diagnostic de démence, mais nous en savons souvent beaucoup moins sur les années de stress, de sommeil perturbé, de mouvement limité, d’exposition environnementale ou de changements physiologiques qui ont formé la toile de fond de ces événements. Nous ignorons peut-être si les soins préventifs étaient accessibles, si les premiers signes avaient été reconnus ou si le traitement n’avait commencé qu’une fois l’affection bien établie. À mesure que ces détails disparaissent, le diagnostic demeure et peut finir par ressembler à l’expression d’un destin héréditaire plutôt qu’au résultat d’un processus long et complexe. Le récit familial peut être exact sur un point — plusieurs personnes ont effectivement développé la même affection — tout en demeurant incomplet lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons.


Ces récits peuvent aussi influencer ce que les générations suivantes remarquent et la façon dont elles l’interprètent. Une personne convaincue que l’hypertension est inévitable peut considérer une mesure élevée comme la confirmation que la tendance familiale vient de la rattraper plutôt que comme une information qui mérite son attention. Une autre peut banaliser des changements de sa glycémie parce que le diabète est perçu comme quelque chose qui arrive simplement avec l’âge, tandis qu’une personne préoccupée par la démence peut interpréter chaque oubli ordinaire à travers l’expérience de la maladie d’un parent. Dans chacun de ces cas, les antécédents familiaux sont devenus plus qu’un registre du passé : ils ont façonné le sens donné à ce qui se produit dans le présent. Une compréhension plus juste ne fait pas disparaître l’inquiétude, mais elle peut remplacer l’attente d’une répétition par une question plus utile sur ce qui mérite maintenant notre attention.


La possibilité d’un avenir différent report d’abord sur une distinction essentielle : l’hérédité exerce une influence réelle sur notre santé, sans pour autant en déterminer l’issue. Nous ne pouvons ni choisir notre patrimoine génétique, ni effacer les effets des expositions accumulées au cours de notre vie, ni garantir qu’un mode de vie saine nous préservera de toute maladie. Nous pouvons toutefois décider de l’attention que nous accordons aux risques connus, de la constance avec laquelle nous soutenons notre santé et du temps que nous attendons avant de réagir à une tendance familiale. Des choix différents ne réécrivent pas notre biologie, mais ils peuvent modifier les conditions qui façonnent la santé au fil du temps, influencer le risque global et contribuer à préserver plus longtemps le bien-être et la capacité fonctionnelle. Nous pouvons donc respecter nos antécédents familiaux sans leur obéir comme s’ils constituaient une prédiction, et en faire une source de vigilance plutôt qu’une raison de croire que l’avenir est déjà décidé.


Le lien entre les antécédents familiaux et le diabète de type 2 illustre particulièrement bien ce principe, car on parle souvent de cette maladie comme si elle traversait les générations de la même manière directe qu’une caractéristique physique héréditaire. Le fait d’avoir un parent, un frère ou une sœur atteint de diabète de type 2 augmente bel et bien la probabilité de le développer, mais cette hausse du risque reflète davantage que les gènes partagés par les membres de la famille ; elle peut également refléter des habitudes alimentaires familières, des niveaux d’activité semblables, des circonstances sociales communes et des changements métaboliques qui se développent graduellement pendant de nombreuses années. Le diabète de type 2 apparaît rarement sans être précédé de changements dans l’organisme, même si ceux-ci passent inaperçus jusqu’au moment du diagnostic. Cette période est importante parce qu’elle donne à la personne qui se sait vulnérable l’occasion d’être plus attentive, de discuter d’une évaluation appropriée avec un professionnel de la santé et d’apporter des changements favorables avant qu’un diagnostic soit posé.


Les résultats du Programme de prévention du diabète (Diabetes Prevention Program) ont démontré à quel point cette possibilité d’intervention peut être importante : au cours de l’étude initiale, des adultes déjà considérés comme étant à risque élevé ont réduit de 58 % leur probabilité de développer un diabète de type 2 grâce à des changements dans leur quotidien qui favorisaient une meilleure santé métabolique (Crandall et al., 2025). L’importance de ces résultats ne réside ni dans le programme lui-même ni dans l’attente que tout le monde obtienne le même résultat, mais dans la démonstration qu’un risque accru peut encore évoluer dans plus d’une direction. Certains participants avaient vraisemblablement des antécédents familiaux ou des susceptibilités génétiques impossibles à modifier, mais ces facteurs n’ont pas, à eux seuls, déterminé leur avenir. Ces résultats ne permettent pas de prétendre que de meilleures habitudes garantissent une protection, mais ils remettent clairement en question l’idée selon laquelle rien ne peut être fait.


Le même principe s’observe dans les maladies cardiovasculaires, pour lesquelles les antécédents familiaux suscitent une inquiétude compréhensible, puisque les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux peuvent sembler se répéter d’une génération à l’autre. Certaines prédispositions héréditaires peuvent favoriser un taux élevé de cholestérol, l’hypertension ou d’autres changements qui augmentent le risque cardiovasculaire, mais la santé du cœur et des vaisseaux sanguins est également continuellement influencée par le mouvement, la nutrition, le sommeil, le stress, la santé métabolique, les expositions environnementales et les soins préventifs. Une vaste étude menée auprès de plus de 55 000 personnes a révélé que les participants présentant un risque génétique élevé de coronaropathie qui adoptaient de meilleures habitudes de vie subissaient considérablement moins d’événements coronariens que ceux dont le risque génétique était comparable, mais dont les habitudes soutenaient moins bien leur santé (Khera et al., 2016). Leur profil génétique était demeuré inchangé et leur prédisposition héréditaire bien réelle, mais leurs habitudes de vie avaient néanmoins influé sur l’évolution de leur santé cardiovasculaire.


Le cancer exige une distinction tout aussi rigoureuse, car il est fréquemment décrit comme une maladie génétique, ce qui est vrai dans un sens, mais facilement mal compris dans un autre. Le cancer se développe lorsque des mutations cellulaires perturbent les mécanismes normaux qui régissent la croissance et la réparation, mais la plupart de ces mutations sont acquises au cours de la vie plutôt qu’héritées d’un parent. Environ 5 à 10 % seulement des cancers sont attribuables à des mutations génétiques héréditaires associées à des syndromes de cancer héréditaire reconnus, notamment les mutations des gènes BRCA et celles qui sont associées au syndrome de Lynch (Société canadienne du cancer, s. d.). Une forte concentration de cancers au sein d’une même famille, particulièrement lorsque les diagnostics surviennent à un jeune âge ou touchent plusieurs personnes étroitement apparentées, mérite une attention médicale appropriée. La présence d’un cancer chez un parent ne signifie toutefois pas, dans la majorité des cas, que ce même cancer a été directement transmis à son enfant.


Cela ne signifie pas que les autres cancers sont entièrement évitables ni que les personnes qui les développent n’ont pas fait les bons choix. Le vieillissement, les expositions environnementales, les infections, les hormones, les erreurs aléatoires qui surviennent pendant la division cellulaire et de nombreux autres facteurs échappant au contrôle individuel peuvent tous y contribuer. Il est beaucoup plus utile de comprendre que le mot génétique ne signifie pas automatiquement héréditaire, tout comme le mot héréditaire ne signifie pas nécessairement inévitable. Une personne peut être porteuse d’une mutation héréditaire qui augmente considérablement son risque sans jamais développer de cancer, tandis qu’une autre personne sans antécédents familiaux connus peut tout de même recevoir un diagnostic. Les antécédents familiaux peuvent orienter le dépistage et justifier une investigation plus précoce, mais ils ne peuvent offrir la certitude que certaines personnes leur attribuent, dans un sens comme dans l’autre.


La démence porte peut-être la charge émotionnelle la plus lourde, car les personnes qui ont vu un parent perdre sa mémoire et son autonomie éprouvent souvent beaucoup de difficulté à ne pas imaginer qu’elles suivront le même parcours. Certaines variations génétiques augmentent la probabilité de développer la maladie d’Alzheimer, mais la plus courante d’entre elles, appelée APOE ε 4, représente un facteur de risque plutôt qu’un diagnostic. Beaucoup de personnes qui en sont porteuses ne développent jamais la maladie, tandis que de nombreuses personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ne sont pas porteuses de cette variation (National Institute on Aging, 2023). Il existe de rares formes héréditaires de la maladie d’Alzheimer, particulièrement lorsque les symptômes apparaissent exceptionnellement tôt et se manifestent sur plusieurs générations, mais elles ne représentent qu’une faible proportion des cas. La majorité des cas de démence résulte d’une combinaison d’influences qui agissent tout au long de la vie, notamment l’état de la santé cardiovasculaire et métabolique, la perte auditive qui n’est pas prise en charge, le degré de connexion sociale, la scolarité, les expositions environnementales et d’autres facteurs qui continuent de faire l’objet de recherches.


La Commission du Lancet sur la démence a estimé en 2024 que près de la moitié des cas de démence dans le monde pourraient être évités ou retardés en agissant sur quatorze facteurs modifiables au cours de la vie (Livingston et al., 2024). Il s’agit d’une estimation à l’échelle de la population et non d’un pourcentage pouvant être directement appliqué à une personne, pas plus qu’elle ne représente une garantie pour quelqu’un dont les antécédents familiaux sont particulièrement préoccupants. Elle montre néanmoins que la santé du cerveau est liée à la santé et aux conditions de vie de la personne dans son ensemble pendant de nombreuses années, et que la démence ne peut pas être comprise uniquement en examinant les autres cas survenus dans la famille. Un parent et son enfant peuvent partager une susceptibilité génétique, mais des différences en matière de soins cardiovasculaires, de scolarité, de soutien auditif, d’engagement social, de mouvement, de nutrition et d’expositions environnementales peuvent néanmoins contribuer à des issues différentes. Cette estimation de 45 % est également reprise dans le plus récent rapport canadien sur la stratégie nationale en matière de démence publié par l’Agence de la santé publique du Canada (2026).


La suggestion de faire des choix différents peut facilement paraître simpliste ou moralisatrice, surtout lorsque les conseils en matière de santé sont réduits à l’alimentation et à l’exercice, comme si tous les autres aspects de la vie n’avaient aucune importance. Un changement appréciable peut consister à mieux comprendre une affection présente dans la famille, à discuter d’une évaluation ou d’un dépistage approprié avec un professionnel de la santé, à prendre au sérieux des résultats préoccupants ou à chercher du soutien avant que des années de tension accumulée deviennent plus difficiles à surmonter. Il peut aussi s’agir de protéger son sommeil dans une vie qui a toujours considéré l’épuisement comme normal, de créer un espace de récupération lorsque le stress chronique est devenu une présence constante ou de préserver sa force et sa mobilité au lieu de tenir le déclin physique pour une conséquence inévitable du vieillissement. Ces décisions doivent toujours s’insérer dans des vies réelles, avec leurs limites financières, leurs responsabilités familiales, leurs exigences professionnelles, la maladie et les inégalités d’accès aux soins. La participation à sa propre santé ne pourra donc jamais prendre exactement la même forme pour tout le monde.


Les changements utiles n’ont pas besoin de produire des résultats spectaculaires ou immédiats pour avoir de la valeur, car les maladies que les gens craignent le plus d’avoir héritées se développent souvent à travers une accumulation silencieuse de changements pendant de nombreuses années. Préparer des repas plus nourrissants, bouger régulièrement, préserver sa force physique, respecter ses rendez-vous médicaux, surveiller sa pression artérielle, faire évaluer sa glycémie par les services de santé appropriés et réagir lorsque quelque chose ne semble plus normal peuvent paraître peu remarquables lorsqu’on les considère séparément. Leur importance réside dans la direction qu’ils créent collectivement et dans la possibilité que des ajustements effectués au bon moment réduisent la mesure dans laquelle l’organisme doit continuer à compenser la même pression. La santé est rarement transformée par une seule décision parfaite, mais elle peut être soutenue par une succession de décisions raisonnables maintenues assez longtemps pour modifier ce que le corps vit à répétition.


Dans toutes ces affections, la vulnérabilité héréditaire peut avoir de l’importance sans agir seule. L’objectif n’est pas de vaincre la génétique par un comportement parfait, car une telle possibilité n’existe pas, ni de laisser entendre que chaque diagnostic aurait pu être évité si la personne avait fait davantage d’efforts. Il s’agit de comprendre que le risque global n’est pas fixé par la seule hérédité et que les gestes qui nous sont accessibles conservent leur valeur même lorsque nous ne maîtrisons pas le résultat. Nous ne saurons peut-être jamais si une certaine façon de vivre empêchera une maladie particulière de se développer, mais le fait de soutenir la santé cardiovasculaire, la régulation de la glycémie, la force physique, un sommeil réparateur et le bien-être émotionnel peut créer des conditions plus favorables à la santé à long terme, indépendamment de ce qui finira par se manifester.


Vus sous cet angle, les antécédents familiaux apparaissent moins comme une menace pour l’avenir que comme point de repère pour mieux orienter nos choix dans le présent. Ils peuvent nous aider à préciser ce qui mérite davantage d’attention, les indicateurs de santé qui devraient être surveillés, la pertinence d’entreprendre certains dépistages plus tôt et les habitudes familières qui gagneraient peut-être à être reconsidérées. De meilleures connaissances permettent de faire des choix plus délibérés que ceux qui étaient parfois accessibles aux générations précédentes, non pas parce que les traditions représentent en elles-mêmes un problème, mais parce que certaines habitudes héritées ne nous servent peut-être plus aussi bien qu’autrefois. Ces décisions peuvent sembler modestes devant la gravité des maladies qu’elles cherchent à éviter, mais la santé est souvent façonnée par une accumulation de décisions modestes bien avant que leur importance devienne visible.


Pour rendre les antécédents familiaux véritablement utiles, il peut être nécessaire d’aller au-delà des affirmations générales répétées dans la famille et de recueillir des renseignements plus précis sur ce qui s’est réellement produit. Savoir quel membre de la famille a développé une affection, l’âge auquel elle est apparue, si plusieurs proches parents ont été touchés et si des analyses génétiques officielles ont été réalisées peut en révéler beaucoup plus que le simple fait de savoir que le cancer, le diabète ou les maladies du cœur existent quelque part dans la famille. Cette démarche peut également corriger des histoires devenues moins exactes avec le temps, notamment lorsque certains diagnostics ont été mal compris, décrits différemment par les générations précédentes ou présumés à partir de symptômes sans avoir été confirmés médicalement. Il n’est pas nécessaire de constituer des archives familiales élaborées, mais des renseignements suffisamment fiables peuvent aider un professionnel de la santé à déterminer si la tendance observée évoque une affection héréditaire rare, une susceptibilité plus courante ou un niveau de risque qui ne dépasse guère celui de la population générale.


Comprendre les antécédents familiaux nous protège également contre la présomption inverse selon laquelle l’absence de diagnostic connu garantirait un faible risque. Une famille peut être petite, certains membres peuvent être décédés jeunes de causes sans rapport avec la maladie recherchée ou les renseignements médicaux peuvent n’avoir jamais été discutés ouvertement, produisant ainsi un portrait incomplet qui paraît plus rassurant qu’il ne devrait l’être. De nombreuses personnes développent une maladie cardiovasculaire, un cancer, un diabète de type 2 ou une démence sans présenter d’antécédents familiaux importants. C’est pourquoi les soins préventifs et les habitudes quotidiennes favorables à la santé demeurent pertinents, même lorsqu’aucune tendance évidente ne se dessine. Les antécédents familiaux peuvent attirer l’attention sur un risque potentiellement accru, mais ils ne devraient pas devenir la seule raison de s’intéresser à ce dont notre santé a besoin.


Chez TRIVENA, cette compréhension se trouve au cœur de l’autonomie en matière de santé : nous ne pouvons pas maîtriser toutes les influences qui agissent sur notre organisme, mais nous pouvons participer plus pleinement à ce qui arrivera ensuite. Cette participation n’exige ni des habitudes parfaites, ni une autosurveillance constante, ni la conviction que chaque maladie peut être évitée grâce aux seuls efforts individuels. Elle commence par une meilleure compréhension des réactions du corps, par la capacité de reconnaître les situations où un soutien supplémentaire pourrait être nécessaire et par la volonté de faire des choix éclairés avant qu’un diagnostic devienne la seule raison de prêter attention à sa santé. La nutrition, le mouvement, le sommeil réparateur, la récupération à la suite du stress, le dépistage approprié et les soins médicaux ne sont pas des solutions distinctes en concurrence les unes avec les autres, mais les éléments d’une même fondation qui soutient l’organisme au fil du temps. Lorsque les antécédents familiaux révèlent une vulnérabilité possible, ces fondations n’offrent aucune garantie, mais elles constituent une façon concrète de créer des conditions qui pourraient permettre à l’avenir de se dérouler autrement.


Une trajectoire de santé différente ne signifie pas nécessairement que l’on échappera à toutes les maladies qui ont touché les générations précédentes, car la santé ne se résume pas à une simple équation entre l’hérédité et les habitudes de vie. Elle peut signifier qu’une affection se développe plus tard, qu’elle entraîne moins de complications, que la force et l’autonomie sont préservées plus longtemps ou qu’un changement est reconnu assez tôt pour permettre une réponse plus efficace. Elle peut aussi signifier une issue entièrement différente, non pas parce que les antécédents familiaux étaient sans importance, mais parce qu’ils ont été compris assez tôt pour devenir utiles. La réduction du risque est rarement visible au moment où elle s’opère, puisque nous ne pouvons pas facilement mesurer la maladie qui ne s’est jamais développée ni les années de capacité fonctionnelle qui ont peut-être été préservées. Cette incertitude ne rend toutefois pas l’effort inutile.


L’héritage le plus important que nous puissions laisser est peut-être de modifier la façon dont une famille conçoit sa propre santé. Une génération a pu tenir certains diagnostics pour inévitables parce qu’elle disposait de peu d’information, tandis que la suivante peut avoir accès à de meilleures connaissances, à des évaluations plus précoces réalisées par les professionnels appropriés et à une compréhension plus vaste de la manière dont la santé se construit au fil du temps. En choisissant d’observer les tendances plutôt que de simplement les répéter, nous pouvons transmettre quelque chose de plus utile que l’appréhension : l’exemple d’une attention portée à la santé avant la crise, d’un organisme soutenu avant que ses ressources soient épuisées et d’antécédents familiaux traités comme des connaissances avec lesquelles travailler plutôt que comme un avenir à craindre.


L’expression « c’est dans la famille » n’a pas à mettre fin à la conversation ; elle peut devenir le point de départ d’une conversation plus éclairée sur ce qui nous a précédés, ce qui a pu y contribuer et ce qui peut maintenant être abordé autrement. Nous ne pouvons pas choisir notre patrimoine génétique et aucune façon de vivre ne peut nous garantir une protection complète contre l’incertitude, le vieillissement ou la maladie. Nous ne sommes pas pour autant tenus de considérer une prédisposition comme une prophétie. Le passé peut nous aider à comprendre l’origine de certaines vulnérabilités, mais il n’a pas le pouvoir de décider comment notre histoire doit se terminer.


Références


Agence de la santé publique du Canada. (2026). Ensemble, nous réalisons : Rapport annuel au Parlement sur la stratégie nationale sur la démence de 2025. Gouvernement du Canada. https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/maladies-et-affections/strategie-demence-ensemble-nous-realisons-2025.html


Crandall, J. P., Dabelea, D., Knowler, W. C., Nathan, D. M., & Temprosa, M. (2025). The Diabetes Prevention Program and its Outcomes Study: NIDDK’s journey into the prevention of type 2 diabetes and its public health impact. Diabetes Care, 48(7), 1101–1111. https://doi.org/10.2337/dc25-0014


Khera, A. V., Emdin, C. A., Drake, I., Natarajan, P., Bick, A. G., Cook, N. R., Chasman, D. I., Baber, U., Mehran, R., Rader, D. J., Fuster, V., Boerwinkle, E., Melander, O., Orho-Melander, M., Ridker, P. M., & Kathiresan, S. (2016). Genetic risk, adherence to a healthy lifestyle, and coronary disease. The New England Journal of Medicine, 375(24), 2349–2358. https://doi.org/10.1056/NEJMoa1605086


Livingston, G., Huntley, J., Liu, K. Y., Costafreda, S. G., Selbæk, G., Alladi, S., Ames, D., Banerjee, S., Burns, A., Brayne, C., Fox, N. C., Ferri, C. P., Gitlin, L. N., Howard, R., Kales, H. C., Kivimäki, M., Larson, E. B., Nakasujja, N., Rockwood, K., . . . Mukadam, N. (2024). Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet, 404(10452), 572–628. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(24)01296-0


National Institute on Aging. (2023). Alzheimer’s disease genetics fact sheet. https://www.nia.nih.gov/health/alzheimers-causes-and-risk-factors/alzheimers-disease-genetics-fact-sheet


Société canadienne du cancer. (2026). Vérifiez vos antécédents familiaux. https://cancer.ca/fr/cancer-information/reduce-your-risk/check-your-family-history

 
 
 

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