Vieillir n'est pas une maladie
- Dominique Paquet

- 29 déc. 2025
- 3 min de lecture
Pourquoi avancer en âge ne signifie pas se retirer de la vie
L’une des questions qui me sont posées le plus souvent ces derniers temps est de savoir si je suis retraitée. La question n’est jamais tout à fait innocente. Elle suppose un certain retrait, une perte d’élan, comme si un âge précis marquait le moment où l’on devrait cesser de s’investir pleinement dans la vie.
Retraitée de quoi, exactement? De l’apprentissage? De la création? De la curiosité? De la participation au monde?
L’idée selon laquelle vieillir devrait mener à un retrait progressif est profondément ancrée dans notre culture. La retraite n’est pas seulement perçue comme la fin d’une carrière professionnelle, mais comme un glissement vers une vie moins engagée, centrée sur l’attente. Attendre les rendez-vous, attendre les diagnostics, attendre que le corps lâche, attendre la fin.
Ce récit n’est ni inévitable ni sain.
Quand le vieillissement devient synonyme de déclin
Notre société a largement médicalisé le vieillissement. Des changements normaux sont souvent interprétés comme des signes précoces de maladie, plutôt que comme des invitations à ajuster notre manière de vivre. Le vieillissement devient alors une source d’anxiété, quelque chose à gérer ou à subir.
L’anticipation du déclin influence les comportements. Lorsqu’on s’attend à perdre, on se retire par précaution. On bouge moins. On stimule moins l’esprit. On prend moins d’initiatives. Peu à peu, cette réduction de l’engagement accélère les pertes redoutées.
Le vieillissement devient alors une prophétie autoréalisatrice.
La motivation ne disparaît pas avec l’âge
La motivation n’est pas une ressource qui s’épuise avec le temps. Elle est nourrie par le sens, l’engagement et le sentiment d’utilité. Lorsque la société cesse d’attendre une contribution des personnes plus âgées, il devient plus facile de se désengager.
Ce qui est souvent interprété comme une perte de motivation est plutôt une perte d’invitation. Sans rôle clair, sans reconnaissance de la valeur de l’expérience, l’élan s’amenuise.
Pourtant, lorsque les individus demeurent actifs sur les plans intellectuel, physique et social, la motivation persiste. Le désir de comprendre, de créer et de participer ne s’éteint pas avec l’âge.
Attendre la maladie n’est pas un projet de vie
L’un des aspects les plus préoccupants du discours sur le vieillissement est la normalisation implicite de la maladie. Beaucoup finissent par considérer la perte de santé comme une étape inévitable. Cette attente influence les choix quotidiens.
Lorsque la maladie est anticipée, la prévention perd de son importance. Le mouvement est relégué au second plan. L’alimentation et le sommeil sont négligés. Avec le temps, le corps s’adapte à ce manque de soutien.
Cela ne signifie pas que toute maladie peut être évitée, mais que l’attente passive du déclin contribue à la perte de qualité de vie.
Vieillir n’est pas un diagnostic. C’est un processus influencé par la manière dont il est accompagné.
L’engagement comme facteur protecteur
Ce qui distingue les personnes qui vieillissent bien n’est pas l’absence de défis, mais la présence d’engagement. Engagement intellectuel, corporel, relationnel.
Lire pour nourrir l’esprit, bouger pour préserver les capacités, rester curieux plutôt que résigné soutiennent la plasticité cérébrale et la résilience émotionnelle. Le désengagement, à l’inverse, accélère le déclin.
Le corps et l’esprit ne sont pas conçus pour l’inactivité prolongée.
Redéfinir le repos et la contribution
Il ne s’agit pas de rejeter le repos ni de nier la nécessité de ralentir lorsque c’est approprié. Le repos est essentiel. Ce qui mérite d’être remis en question, c’est l’idée que le repos doive se transformer en immobilité.
La contribution ne se limite pas au travail rémunéré. Apprendre, transmettre, créer, s’impliquer sont autant de façons de demeurer présent au monde. Lorsque ces possibilités restent ouvertes, le vieillissement devient une transformation, non un retrait.
Vieillir comme participation
Considérer le vieillissement comme une maladie, c’est méconnaître la biologie et le potentiel humain. Bien que certaines transformations soient inévitables, de nombreux problèmes associés à l’âge découlent de l’inactivité, du stress chronique et de la perte de sens.
Bien vieillir exige de l’adaptation, non de la résignation. Cela implique d’écouter le corps, de respecter ses besoins changeants et de demeurer engagé.
Il n’y a rien de sage à se retirer trop tôt. La vitalité ne se mesure pas à la vitesse ou à la productivité, mais à la présence et à l’implication.
TRIVENA s’oppose à l’idée que la vie ralentisse jusqu’à s’éteindre. La santé ne consiste pas à éviter l’âge, mais à l’habiter pleinement.
Vieillir n’est pas une maladie. C’est une étape. La manière dont elle se déploie dépend de notre volonté de rester acteurs plutôt que spectateurs.




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